Comprendre les différences entre boire ou déguster vous permettra d'apprécier davantage vos vins ou spiritueux et d'en apprécier encore plus le moment de consom…
Il y a ceux qui boivent un verre. Et ceux qui rencontrent un vin ou un spiritueux. La nuance peut sembler légère mais elle est en réalité immense. Boire, c’est satisfaire une soif, accompagner un repas, célébrer un moment.
Déguster, c’est prendre son temps. C’est transformer une simple gorgée en expérience sensorielle. Un peu comme la différence entre regarder un paysage depuis la fenêtre d’un train ou s’y promener à pied lors d'une randonnée.
La dégustation : donner du sens à l'expérience
Déguster un vin ou un spiritueux, c’est engager tout ses sens dans l’expérience et pas seulement le goût.
L’œil (la vue) observe.
Le nez (l'odorat) explore.
La bouche (le goût) analyse.
Et parfois, l'environnement et même l’imagination complètent ce que les sens devinent.
Quand quelqu’un parle de “notes de fruits rouges”, "d'arômes de sous-bois" ou de “bois toasté”, il ne délire pas (enfin… pas complètement). Pourquoi le dégustateur ferme les yeux lorsqu'il sent ou qu'il met en bouche ? Il fait travailler son expérience, ses connaissances, il fait rappel à ses souvenirs d'enfance... il fait fonctionner son imaginaire pour vivre une véritable expérience de dégustation.
Vous avez du temps devant vous? Alors suivez-vous on va suivre étape par étape les différentes étapes d'une dégustation d'un vin ou d'un spiritueux.
Les trois temps sacrés de la dégustation
Qu’il s’agisse d’un "vin des copains" ou d’un spiritueux d’exception, la dégustation suit une véritable chorégraphie.
Première étape : le regard, la première impression
Avant même que le verre ne s’approche du nez ou des lèvres, il vous parle déjà. Observez-le ! Par sa couleur, ses reflets, sa brillance ou sa limpidité.
Un rouge profond peut suggérer la richesse. Un violet prononcé aux reflets brillants peut identifier la jeunesse. Des larmes épaisses et persistantes seront synonymes d'alcool et/ou de sucre plus présents.
C’est le premier chapitre de l’histoire qui peut d'ores et déjà influencer le reste de votre dégustation.
Deuxième étape : le nez, l'appel à la mémoire
On dit souvent que l’on “goûte” avec la langue. En réalité, on goûte surtout avec le nez. Et prenez votre temps, c'est une dégustation.
Les arômes que vous pourrez sentir se classent dans différentes familles : fruit, floral, végétal, épices, bois, sous-bois, empyreumatique (arômes de chocolat, tabac, caramel amenés par un vieillissement en fût spécifique synonyme de brûlé), sans oublier la famille des défauts (arômes de bouchon par exemple).
Un vin peut évoquer une cerise mûre, une forêt après la pluie, ou même une pointe de tabac et pourquoi pas l'odeur de deux silex qui se frottent pour créer une étincelle ?
Un spiritueux peut rappeler la tarte tatin du dimanche, l'odeur du canapé en cuir ou les fruits secs qui vous rappellent votre marché du week-end.
Pour un nez plus précis, plongez-le à l’intérieur du verre de vin directement, sans réfléchir. Tournez votre votre verre dans un second temps, aérez-le et replongez votre nez. La différence est marquante, surtout si le vin se veut complexe. De nouveaux arômes apparaissent, votre mémoire et votre imaginaire ne cessent de croître. Pour un spiritueux, faites de même en marquant les deux temps différents mais ne plongez jamais le nez à l'intérieur du verre, restez en surface (je vous explique un peu après).
Troisième étape : la bouche, le moment de vérité
Vient enfin la rencontre. Vous pourrez parler alors d’attaque (la première sensation), de texture (fin, épais), de ressenti d'alcool, d'acidité, de complexité ou de longueur en bouche.
Les plus grands produits s’installent, persistent et laissent une trace. D'autres vous rappelleront de jolis souvenirs, certains vous amèneront de la déception et d'autres de remarquables surprises.
Le vin : une dégustation vivante
Le vin est une matière vivante. Il respire, évolue, change au contact de l’air. Déguster un vin, c’est chercher son équilibre, sa fraîcheur, ses tanins, sa longueur.
Si je vous prends l'exemple d'un joli Saint-Emilion Grand Cru du Château Tour Grand Faurie, cuvée L'Efaurie, millésime 2022 que j'ai dégusté en décembre 2025, voici ma dégustation :
Situation
Soirée de dégustation pour 25 personnes avec le producteur, comme une Masterclass.
À l’œil
Robe violet vin profond, aux reflets brillants et à la texture légèrement soyeuse.
Au nez
Arômes de fruits rouges, de cerise et de cassis avec des notes florales comme la violette et des parfums de boisés.
En bouche
Tanins bien présents mais élégants, avec une finale persistante et une excellente longueur en bouche. Ce vin se veut complexe et riche, présentant une bonne texture en bouche. L'attaque assez délicate se jumelle parfaitement avec le faible ressenti en alcool laissant place aux arômes puis à la matière.
En résumé, ce de vin ne se boit pas, il se déguste avec son côté soyeux, élégant et complexe.
Le spiritueux : une dégustation de concentration
Le spiritueux, lui, est une essence.
Après fermentation, il passe par la distillation, un procédé qui concentre les arômes et la puissance. Et que dire du vieillissement et de sa part des anges qui ne cessent de changer la dégustation comparée à celle d'un vin. Le verre est plus petit, l'approche est différente et plus lente, "l'alcool fort" demande de la patiente.
Prenons l'exemple d'un Cognac que j'ai dégusté. Le 15 novembre 2025, lors du Cognac Festival à Bordeaux, j'ai eu la chance et l'honneur de déguster l'embouteillage tout frais et spécial de Swell de Spirits avec le Cognac Tiffon 1919 1978 Cru Borderies.
À l’œil
Couleur acajou avec une texture presque huileuse.
Au nez
Très aromatique et complexe avec des arômes de vanille, de chocolat ou de caramel grillé issus du bois et d'élégantes notes de prunes cuites. J'ai pris beaucoup de temps au nez tellement la délicatesse et la complexité aromatique étaient au rendez-vous. Pour en revenir à un sujet évoqué plus haut, l'étape du nez en spiritueux est l'étape à ne pas rater. Un spiritueux titre en moyenne entre 40 et 60% volume alcool (voir plus) ce qui rend l'expérience plus compliqué pour les novices. Si le nez s'habitue aux alcools plus faibles comme le vin ou la bière, il va falloir "l'éduquer" pour les alcools forts. Ne plongez pas votre nez à l’intérieur du verre, laissez un espace entre les deux, respirez délicatement et encore mieux, penchez votre verre (à 90 degrés si possible) et posez vos narines sur la partie haute de l'ouverture du verre. Profitez de la palette aromatique que vous offre le spiritueux.
En bouche
D'autres arômes apparaissent à la dégustation avec des notes salines en finale.
La complexité est le mot qui définit le mieux ce Cognac suivi d'une belle matière et d'une longueur interminable qui rend ce spiritueux encore plus savoureux.
Comme pour le nez, la bouche se veut différente avec un spiritueux. N'ouvrez pas la bouche pendant que le liquide est à l’intérieur. Laissez-le circuler. Imaginez si de l'air rentre en contact d'un feu... Explosion !! Alors soyez délicat et encore une fois prenez votre temps.
Contrairement au vin, ici, la lenteur est essentielle. Laissez votre imaginaire vous emporter, appréciez chaque seconde et le temps ne cesse de faire évoluer cette dégustation, synonyme de produit d'exception. Sinon… l’alcool prend toute la place, comme un invité trop bavard.
Où et quand déguster ?
La dégustation n’est pas réservée aux salons pros ou aux experts ! Tout le monde peut et devrait savoir déguster.
Les meilleurs lieux et moments de dégustation
Lorsque vous visitez un domaine... Quoi de mieux que de plonger à l’intérieur du savoir-faire et de partir à la rencontre des personnes qui produisent ? L'environnement et les échanges vont forcément influencer vos dégustations. Et heureusement !
Les salons de dégustation sont aussi des moments de rencontre même si le temps est plus limité entre chaque produit. Je conseille à tout un chacun les soirées organisées de dégustation, qu'elles soient chez un caviste ou organisées par un ou une amie. Choisissez un thème, amusez-vous et prenez du plaisir car déguster c'est profiter pleinement des produits et du moment tout en apprenant.
Ces moments permettent d’apprendre à mettre des mots sur des sensations. Et parfois, de découvrir que l’on aime des choses que l’on ne comprenait pas encore.
Et si je préfère boire ?
On parle souvent d'accords mets et vins ou spiritueux. Le met, vous le regardez, vous le sentez, vous le mangez et vous le savourez. Dans ce cas, le vin ou le spiritueux qui accompagne l'accord sera plus appréciable s'il est bu. L'idée,ici, est de fusionner des saveurs et des textures à l'intérieur de votre palais tout en mélangeant des couleurs et faisant confronter des odeurs. Pour un éveil des sens optimal et pour profiter pleinement de votre moment, boire (toujours avec modération) et plus adapté que déguster.
Il en est de même pour un repas, chez soi, un proche ou dans un restaurant. Le vin ou spiritueux choisit doit être accordé au plat proposé. Lorsque vous allez boire, privilégiez une gorgée de plusieurs produits pour réussir l'accord sur chaque met plutôt que de boire sans modération plusieurs verre du même vin ou spiritueux. Axez vos choix sur la qualité et non sur la quantité. Faites honneur aux produits et à leurs producteurs, qu' l'on parle de vins, spiritueux mais également de mets.
Déguster, une philosophie du plaisir
Boire est immédiat. Déguster est attentif.
Boire remplit un verre. Déguster remplit un souvenir.
La prochaine fois que vous lèverez votre verre, prenez quelques secondes (ou plus).
Regardez. Sentez. Goûtez. Et laissez le temps faire son œuvre.
Après tout, les grands vins et les grands spiritueux ont attendu des années.
Ils méritent bien quelques instants de votre patience.